Lors de son séjour à Rio de Janeiro, Neukomm conseille une des premières exécutions du Requiem dans le Nouveau Monde, en 1819. Peu après, en janvier 1821, il propose une version du Libera me Domine à grand orchestre pour le compléter : « Le Libera, qui dans le rite de l’église Romaine termine la messe pour les morts, manque au Réquiem [sic] de Mozart », écrit-il dans l’entrée correspondante de son catalogue des œuvres. Neukomm, dont l’instrumentation s’inspire de celle de Mozart, intègre dans sa version les versets Dies illa et Requiem tels qu’ils se trouvent dans les manuscrits mozartiens.
Dans la page de titre d’un manuscrit conservé actuellement à Stockholm, Neukomm écrit :
Libera me Domine
(pour faire suite au Requiem de Mozart)
par
Sigismond [sic] Neukomm
NB. La messe de Requiem est toujours
terminée par les absoûtes [sic], pendant
lesquelles on chante le Libera. Mozart
n’ayant pas pû [sic] terminer son immortel chef-
d’œuvre, le Libera y manque. J’ai
taché [sic] d’y suppléer, en rappelant plusieurs
passages de la messe de Mozart, qui
se trouvent indiqués par les paroles du Libera.
Une autre version de l’œuvre, conservée à Paris, indique dans sa page de titre :
Libera me Domine
composé
par
Sigismond Neukomm
NB. Cette musique du Libera (par lequel
l’église romaine termine le service pour
les trépassés) a été composée pour faire
suite au Requiem de Mozart, lors de
l’exécution de ce chef d’œuvre immortel
en l’église de la confrérie de Ste Cécile
à Rio de Janeiro.
Le 19 juillet de 1820, l’Allgemeine Musikalische Zeitung publie un petit article signé par Neukomm avec le rapport d’un concert donné à Rio de Janeiro en décembre de 1819 à l’église du Parto. Suivant de quelques jours les commémorations annuelles de la fête de Sainte Cécile, une messe était célébrée en mémoire des musiciens décédés dans l’année et appartenant à l’une des organisations religieuses locales. Neukomm relate que, pour la fête de 1819, le Requiem de Mozart est donné sous la direction du prêtre José Mauricio Nunes Garcia. Il mentionne quelques autres œuvres jouées à la même occasion, mais n’en dit rien sur un Libera me de sa propre composition. Si le manuscrit autographe parisien indique que l’œuvre est composée pour l’exécution du Requiem de Mozart à Rio de Janeiro, rien ne prouve que c’est en 1819, lors du concert rapporté par le périodique allemand, qu’est donné le Libera me écrit par Neukomm (et daté de deux ans plus tard).
Ulrich Konrad signale quelques concerts dans les années 1996 et 1999 donnés en Europe avec au programme le Requiem de Mozart dans la version de Süssmayr suivi du Libera me, Domine de Sigismund Neukomm. L’auteur indique également un enregistrement de concert diffusé par la radio MDR en 1999. Dans une production du label Paulus, le groupe brésilien Brasilessentia enregistre en 1995 le répons d’après une transcription réalisée à partir de la source gardée aux archives de la Curie Métropolitaine de São Paulo.
Il s’agit de deux manuscrits autographes de la même œuvre, datée « Rio de Janeiro, 24 janvier 1821 ».
Le Libera me, conservé à Paris sous la cote Ms. 7692 (3), s’inscrit dans un volume qui garde encore une reliure de l’époque à l’extérieur de laquelle, sur le côté, se lit : « CHANTS SACRES EN LAT[in] EN FRAN[çais] ET EN ITAL[ien] POUR 1 ET PLUS VOIX PARTITIONS ». Tout laisse croire qu’il s’agit du volume originalement de numéro 35 contenant environ 350 pages où sont rassemblées neuf autres œuvres, Ms. 7692 (1-10).
La partition gardée en Suède est le numéro 33 du cinquième volume de la collection Lovén de la Musikaliska Akademiens Bibliotek. Elle est adressée au secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Musique de Stockholm, M. Pehr Frigel, le 1er décembre 1822. Une lettre, dont la copie est conservée par la bibliothèque de l’Internationale Stiftung Mozarteum de Salzburg, indique que plusieurs autres partitions l’accompagnent. « J’y joins un Libera que j’ai fait pour être exécuté après le Requiem de Mozart conformément au rite de l’Église catholique », écrit Neukomm au secrétaire.
Deux copies du Libera me, Domine sont encore préservées au Brésil : l’une (de la main d’un copiste carioca) fait partie des archives de la Curie Métropolitaine de São Paulo, l’autre (très tardive, datée de 1871) est gardée au Musée Carlos Gomes de Campinas. Neukomm indique dans son autobiographie avoir composé quarante-cinq morceaux à Rio de Janeiro. Son catalogue manuscrit liste quarante-sept compositions pour la période. Quasiment toutes les partitions autographes des quarante-sept œuvres signalées dans le catalogue (ainsi que quelques autres produites au Brésil et qui n’y figurent pas) sont conservées à Paris : en rentrant en Europe, Neukomm a donc très probablement tout emporté avec lui. Les copies brésiliennes présentent entre elles des différences d’instrumentation : elles ne datent pas de la même époque et utilisent des effectifs différents. Ces copies subsistent en parties séparées, indiquant certainement qu’elles furent établies pour des concerts.